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Article du 2001-12-00Une investisseuse à Dong lam : anne hugot le goff, a été voir pa nih et ni Nih dans leurs nouveaux foyers, voici son récit :
Le point de vue de « l?investisseur-Zebunet »
Dong Lam est loin de tout. Sur la carte, repérez la province de Phu Tho, allez presque à la frontière avec la province de Yen Bai : la distance semble anodine. Mais il faut déjà sortir de HaNoi où la circulation devient de plus en plus aléatoire depuis que les petites motos chinoises à 600 balles ont remplacé les vélos ; il faut tracer la route derrière des camions qui ont du faire la guerre de 14, aussi bien dissimulés derrière leur rideau de fumée graphite qu?une seiche derrière son encre. Et quand on est enfin dans la campagne, il faut utiliser un improbable bac pour traverser les eaux couleur de suie du large et apparemment débonnaire Fleuve Rouge à condition de ne pas oublier l?heure (le retour pas après 16 heures !), de ne pas arriver au moment où les préposés (3 personnes sont nécessaires) déjeunent, et de façon générale d?être patient? Après le bac, il reste encore une vingtaine de kilomètres de chemins de latérite, le long du fleuve.
Le paysage de Dong Lam est beau, avec cette harmonie poétique et un peu mélancolique des paysages du Nord : collines et vallonnements, des hameaux un peu partout : deux ou trois maisons de bambou à demi cachées entre les palmes des bananiers ; dans les rizières, un buffle aux doux yeux. Un paysage d?éden, saturé de vert, dont la pauvreté ne saute pas aux yeux Ici, dans la plaine, les villageois sont tous des Kinh ( ethnie Viet).
Dans la première famille (Pa Nih), seul le père est présent. Il semble infiniment reconnaissant et tient à ce qu?on fasse des photos dignes d?une tournée des popotes de Jacques Chirac "moi lui remettant le cadeau" "on se serre la main" ce qui ne laisse pas de me gêner. Quant à la vedette, Pa Nih, lâchée dans un enclos, elle fait la timide et court partout, refusant les feuilles de chou que n?importe quel porcin bien de chez nous aurait gloutonnées sans pudeur en moins de temps qu?il n?en faut pour l?écrire. Peut être ne se juge t-elle pas assez belle ? Car saches, investisseur, que les Mong Cai sont un défi à l?esthétique. Tavelées de rose et de noir, elles ressemblent à une saucisse géante, atteinte de surcroît d?une maladie de peau?.
Deuxième famille (Ni Nih), deux adorables petites filles toutes timides qui sont allées se débarbouiller pour la photo (il manquait l'aîné de la famille), Madame Hoat intimidée aussi, très souriante, encore très jeune et jolie, son mari, et un Papet qui a paru (lui aussi) particulièrement reconnaissant. Famille fort sympathique donc. On n'a pas laissé Ni Nih batifoler et on l?a photographiée se faisant gratter le dos entre ses 4 murs de béton sans, hélas, qu?aucun grouignement de volupté ne vienne attester qu?elle appréciait l?honneur qui lui était ainsi fait.
Je vais voir ensuite une troisième famille, des gens beaucoup plus âgés : une dame élégante, en tunique brodée de soie mauve et monsieur Dien qui avec ses cheveux soigneusement coiffés, ses lunettes à monture d'écaille et sa chemisette imprimée ressemble beaucoup plus à un instit? en retraite qu'à un fermier. Sans doute y a ?t-il dans leur génération l?idée qu?il convient de soigner sa mise en prévision d?une visite? Encore beaucoup de chaleur, beaucoup de reconnaissance manifestée.
Dans les trois cas, notre cochonnette est voisine d'une grosse mémère rose, look breton. Les étables sont bien tenues, toutes du même modèle-VsF, en ciment : une case pour la grosse mémère et une case pour notre Miss Piggy. Il faisait ce jour là beau et chaud, et le charme des lieux était une évidence. Il reste à imaginer les conditions de vie quand il pleut (très souvent) et que la boue envahit la maison, ou quand le froid est là, humide, (moins souvent, mais la température peut descendre quand même à 10 degrés), dans une maison sans porte.
Dans chaque famille, tant de gratitude et d'espérance ! Ils insistent "ici, nous sommes vraiment TRES pauvres". Savoir que, de par le vaste monde, des gens essayent de les aider les réconforte. Mais n'attendent ils pas trop de nous? Plus que ce que nous pouvons, ou voulons, donner ? Je dirai donc : TROP de gratitude.
Car somme toute, ce que nous apportons, c?est le prix d?une place à l?Opéra, une bouffe au resto à deux ; le père Noël n?est pas une ordure mais ce n?est pas non plus le mécène qu?il apparaît aux yeux de ces paysans. En regardant les deux adorables petites barbouillées, je me disais : pourquoi ont-elles eu droit à un « cadeau utile » ? Pourquoi pas à une poupée, comme les autres petites filles, une ignoble Barbie, celle avec la robe de soirée en tulle rose qui désespère les mères et que les petites filles trouvent gé-nia-le? Je ne pense pas qu?un investisseur puisse repartir sans se sentir investi d?une sorte de responsabilité morale. Fallait pas te montrer, investisseur, si tu voulais garder ta conscience en paix !
Nous avons aussi un bulletin de vote : nous pouvons, sans attendre, exiger des nombreux candidats-présidents qu?ils s?engagent solennellement sur le rétablissement des 0.7 % de l?aide au développement. En attendant, en investissant dans une cochonnette, on a VRAIMENT la sensation se servir à quelque chose?.
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